Seule la justice élève une nation. La journée du vendredi 24/07/2026 marque une grande ère nouvelle depuis l’accession à la magistrature suprême du président Felix Tshisekedi. Pour la première fois, deux arrêts de justice en mal d’exécution ont rencontré le courage des huissiers de justice dont Me Peniel Kapinga. La parcelle querellée N⁰3555 du plan cadastral de la commune de Limete sur l’avenue Goodière au quartier Ndanu a été restituée officiellement par la justice à son propriétaire, M. Gabriel Pumbu et consorts.

L’affaire Gabriel Pumbu et consorts contre des Libanais de Congo Futur illustre une problématique profonde qui gangrène les institutions judiciaires de la République Démocratique du Congo. Au-delà du différend foncier spécifique, cette situation révèle les failles structurelles d’un système judiciaire confronté à des défis d’intégrité et d’impartialité. Le dernier rebondissement dans cette affaire, où un jugement régulièrement exécuté a été violé dans les 24 heures, pose des questions fondamentales sur l’autorité de l’État et la crédibilité de ses institutions.
UN JUGEMENT BAFOUE
Le vendredi 24 juillet, le Tribunal de grande instance de Kinshasa Matete prononçait un jugement définitif en faveur de Gabriel Pumbu et consorts, validant ainsi leurs droits à la propriété de la parcelle en question. Cette décision, formellement exécutée par un huissier de justice assermenté, représentait un aboutissement apparent à un long processus judiciaire. Cependant, le lendemain même, un détachement militaire, sous le commandement du Lieutenant Munganga, procédait à l’expulsion des bénéficiaires du jugement.
Ce qui aurait pu être un simple incident administratif révèle en réalité une dynamique troublante: celle d’une justice paralysée et de ses auxiliaires manipulés. En violant l’exécution d’un jugement rendu régulièrement, cet officier militaire a démontré que les arrêts judiciaires ne sont que des formalités dénuées de substance réelle. Pour les citoyens congolais, ce message est dévastateur: le système judiciaire ne protège que ceux qui ont les moyens de le corrompre.
La présence de la communauté libanaise en République Démocratique du Congo depuis plusieurs décennies a indéniablement contribué au développement économique du pays, particulièrement dans les secteurs du commerce et de l’import-export. Cependant, cette implantation s’est accompagnée de comportements problématiques qui témoignent d’une forme d’impunité.
Certains membres de cette diaspora semblent considérer la RDC comme un territoire où les règles ne s’appliquent que sélectivement. L’arrogance perceptible dans le non-respect flagrant des décisions judiciaires suggère une conviction qu’aucune institution congolaise ne peut leur imposer des limites. Cette attitude nourrit un scepticisme légitime chez nos concitoyens quant à l’indépendance réelle du pouvoir judiciaire face aux pressions économiques externes.
Il est important de noter que cette corruption ne s’exerce pas de manière unidirectionnelle. Comme l’énoncent avec pertinence les analyses contextuelles, la corruption implique systématiquement deux acteurs: celui qui propose et celui qui accepte. Des fonctionnaires congolais, animés par des intérêts pécuniaires personnels, ont facilité ces violations de la justice. Cette complicité interne demeure souvent invisible, mais elle constitue le véritable fondement du problème.
L’interpellation adressée au Président Félix Antoine Tshisekedi révèle une vérité inconfortable: lorsque l’État se montre faible, ceux qui disposent des ressources financières — qu’ils soient étrangers ou nationaux — peuvent imposer leurs propres règles. Cette situation représente un échec de la gouvernance étatique à tous les niveaux.
Une justice fonctionnelle et crédible nécessite une autorité exécutive capable de faire respecter ses décisions, des magistrats indépendants et intègres, et une administration judiciaire à l’abri des influences corruptrices. La République Démocratique du Congo ne satisfait à aucune de ces conditions minimales dans le cas présent.

Grégoire Egboya