Imbroglio autour des bateaux de pêche : le rapport des Ets Yetu donne raison à Adrien Bokele
Depuis quelques jours, une controverse oppose le ministère de la Pêche et de l’Élevage à son ancien titulaire autour de l’acquisition de trois bateaux de pêche en 2023.
L’affaire, qui alimentait les spéculations les plus diverses, vient de connaître un tournant décisif avec la publication d’un rapport circonstanciel des Établissements Yetu, adressé au ministre actuel, Jean-Pierre Tshimanga Buana.
Le successeur d’Adrien Bokele à la tête du ministère avait formulé des critiques sévères à l’encontre des navires achetés par son prédécesseur, évoquant une prétendue surfacturation ainsi qu’une supposée inadéquation technique des embarcations. On attendait des éléments probants susceptibles d’étayer ces allégations. Or, force est de constater qu’aucune démonstration convaincante n’a été apportée en ce sens.

C’est dans ce contexte qu’est intervenu le rapport des Établissements Yetu, qui vient couper court aux spéculations et conforter la position de l’ancien ministre.
Selon ce document, la première sortie d’essai en mer de ces bateaux, effectuée le 24 septembre dernier au port de Boma, s’est révélée globalement satisfaisante. Les trois embarcations ont coché toutes les cases de fiabilité: les systèmes liés aux moteurs, à la navigation, à la sécurité et à la conservation ont fonctionné normalement, sans qu’aucun problème technique majeur ne soit relevé.

Un seul incident a toutefois été constaté, au niveau des équipements de pêche. Après le déploiement des filets, ceux-ci se sont rompus au moment de la remontée des captures.
UNE USURE PREMATUREE LIEE AU STOCKAGE
L’analyse technique des Établissements Yetu écarte l’hypothèse d’un défaut de conception des bateaux. Les filets, pourtant neufs, auraient été conservés pendant une période prolongée dans un environnement marin humide. Cette mauvaise conservation aurait altéré la résistance des fibres, provoquant leur rupture sous l’effet de la traction.
L’incident est donc attribué à une usure prématurée des filets, directement liée à leurs conditions de stockage, et non à une quelconque défaillance des navires eux-mêmes.
Face à cette situation, l’entreprise indique avoir réagi sans délai. Une commande urgente de nouveaux filets de pêche haut de gamme, renforcés et adaptés à la pêche maritime industrielle, a été passée auprès d’un fournisseur basé en République populaire de Chine.
Un protocole de stockage adapté doit par ailleurs être mis en place à Boma, afin d’éviter que les nouveaux équipements ne soient exposés aux mêmes conditions. Les Établissements Yetu précisent enfin qu’une équipe technique spécialisée interviendra lors de la réception des nouveaux filets.

Cette mise au point intervient à un moment charnière, alors que la République démocratique du Congo entend renforcer ses capacités dans le secteur de la pêche et mieux exploiter ses ressources halieutiques. La clarté sur les conditions techniques de ces acquisitions revêt donc une importance particulière.
Dans sa position actuelle de parlementaire, l’ancien ministre Adrien Bokele affirme privilégier la collaboration institutionnelle à l’affrontement médiatique dans lequel certains opportunistes voudraient s’engouffrer. Il estime que les difficultés actuelles demeurent surmontables, à condition d’une meilleure coordination entre les différents acteurs du secteur.Au-delà de la polémique, le rapport des Établissements Yetu apporte un éclairage technique susceptible d’apaiser les tensions.
En écartant la piste du défaut de conception et en identifiant une cause précise — la conservation des filets —, il recentre le débat sur des questions opérationnelles et offre une voie de sortie par le haut. Reste à espérer que cette clarification favorise un dialogue constructif, au service d’un secteur stratégique pour l’économie nationale.
Guy Batshika
